Hebdomadaires, mardi 15 novembre 2011

Allocution de M. Mark Muller, président du Conseil d'Etat à l’occasion de la cérémonie du premier coup de pioche du CEVA

C'est avec émotion et grand plaisir que je prends la parole en ma qualité de président du Conseil d'Etat à l'occasion du démarrage du chantier genevois du siècle.

Je tiens tout d'abord à remercier très chaleureusement Madame la conseillère fédérale Doris Leuthard de nous faire l'honneur de participer à ce moment important pour Genève.

Je salue la présence en nombre des députés au Grand Conseil, des élus communaux et de représentants des collectivités publiques françaises, et plus particulièrement de M. Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône Alpes. Je remercie enfin M. Andreas Meyer, directeur général des CFF, pour sa présence, qui marque la haute qualité de la collaboration que nous avons eue pour permettre la réalisation du CEVA.

Nous sommes aujourd’hui réunis pour donner le premier coup de pioche du chantier de la ligne Cornavin–Eaux-Vives–Annemasse. C’est un jour historique qui intervient presque cent ans après que Genève et la Confédération aient décidé de sa réalisation.

Mais cette forme d’anniversaire n’est pas la principale raison de parler de chantier du siècle. Son coût de un milliard et demi de francs non plus. On doit parler de chantier du siècle pour une autre raison: parce qu’avec la réalisation du CEVA , Genève change de dimension, de catégorie, et entre pleinement dans le 21ème siècle.

Qu’est-ce qui illustre le mieux le fait que l’on se trouve dans un village ou une ville? C’est l’existence d’une gare. Vous ne verrez jamais une gare en rase campagne, ou alors elle est désaffectée. Or nous nous apprêtons à construire pas moins de cinq gares, dont deux totalement nouvelles.

On le sent confusément, avec le CEVA, qui ressemble à s'y méprendre à un métro, Genève devient une grande ville, un espace de vie qui s’étend au-delà de ses frontières politiques, une ville que l'on pourra traverser en train, où il y aura moins de voitures.

Le Conseil d’Etat a voulu faire de cette ouverture de chantier un moment particulier et y associer la population. Le CEVA exprime en effet mieux que de longs discours la volonté des autorités genevoises, depuis plus d'un siècle, d'offrir aux habitants de Genève des services de haut niveau.

Ces dernières années, Genève a créé des dizaines de milliers d’emplois et a attiré des dizaines de milliers d'habitants. Ils se sont installés à Genève, un peu, et autour, surtout, en France voisine et dans le canton de Vaud.

Cela a créé des déséquilibres et des tensions, très fortes aujourd’hui, avec des interrogations sur l'opportunité de ce développement. A l'heure où les nuages s’amoncellent sur plusieurs secteurs stratégiques de notre économie, ces interrogations que nous avons pu nous permettre, semblent déjà incongrues.

La qualité de ce développement reste toutefois un vrai enjeu.

Le CEVA est la réponse de vos autorités et de la population, qui s’est exprimée il y a deux ans. C’est oui au développement, qui est assumé et désiré, pour autant qu’il soit maîtrisé et accompagné par des investissements importants dans les infrastructures, notamment de transports et de logement.

C'est tout l'enjeu du débat sur le nouveau plan directeur cantonal. Ce sera aussi l’enjeu, et je tenais à le dire devant la ministre des infrastructures, du débat sur le financement de nouvelles infrastructures comme l'extension de la gare Cornavin ou la traversée du lac.

Confronté à de tels enjeux, Genève doit être capable de se rassembler et de se mobiliser, comme nous le faisons ici pour ce premier coup de pioche.

 

Après un référendum et une campagne de votations acharnée en 2009, puis un vote populaire, mes collègues du Conseil d'Etat et moi-même sommes heureux de constater que l’ensemble des forces politiques, sociales et économiques du canton sont présentes aujourd’hui à La Praille. Tous les partis représentés au Grand Conseil ont répondu favorablement à l’invitation, même ceux qui ont combattu le CEVA, et je les en remercie. Le Conseil d’Etat interprète cela comme l’expression de la volonté commune d’avancer et de se donner les moyens d’un développement raisonnable, durable mais résolu, seul à même de préserver la prospérité et la qualité de vie enviable que nous connaissons et d'offrir à chacune et à chacun la chance de profiter des succès de notre région.

J'aimerais passer maintenant aux remerciements à toutes celles et tout ceux qui ont contribué à ce que nous soyons réunis aujourd'hui à la Praille pour donner ce premier coup de pioche.

Je ne pourrais bien sûr pas tous les citer, mais je souhaite évoquer, tout d'abord la Confédération, qui finance la plus grande partie des travaux, ainsi que l'ensemble des conseillers d'Etat qui se sont battus pour obtenir cette ligne depuis la création de la ligne Lyon–Genève dans la deuxième partie du 19ème siècle.

Plus proche de nous, je tiens à citer mes prédécesseurs Laurent Moutinot et Robert Cramer, ainsi que mes collègues actuels, dont Pierre-François Unger et Michèle Künzler, qui font partie de la délégation du Conseil d'Etat qui suit ce dossier.

Du côté de la petite histoire de ce grand projet, je veux mentionner plusieurs personnes qui, par leur engagement, leur vision et leur opiniâtreté, ont permis, il y a quinze ans environ, de réactiver ce dossier. Je veux parler de M. Sigurd Maxwell, amateur de trains et fondateur d'Alp-Rail, qui a joué un rôle important.

Il a su aiguillonner quelques députés qui, en 1998, ont fait voter une motion au Grand Conseil demandant au Conseil d'Etat de réactiver la ligne Cornavin–Eaux-Vives─Annemasse. Parmi eux, René Koechlin et Pierre Meyll.

Dans la foulée de ce vote s'est constitué le lobby qui a soutenu sans relâche le projet, je veux parler du Comité pro-CEVA RER, qui s'est battu avec énergie pour ce projet pendant dix ans, en particulier pendant la campagne de votations de 2009, sous la houlette de ses deux co-présidents historiques, les députés Gabriel Barrillier et Elisabeth Châtelain ici présents.

Je ne terminerai pas ces remerciements sans rendre un hommage appuyé à tous les fonctionnaires de la Confédération, des CFF et du canton qui ont trimé, sué sang et eau pour porter ce projet à travers les méandres des procédures ces dix dernières années, ainsi qu'à nos mandataires.

C'est maintenant aux entreprise du bâtiment mandatées de jouer. Je leur souhaite bon vent, ainsi qu'aux centaines d'ouvriers qui vont construire le CEVA, par tous les temps et dans la poussière des tunnels.

Nous avons attendu le CEVA pendant plus de 100 ans. Des générations de Genevois sont passées sans le voir. Nous aurons cette chance, vous aurez cette chance, grâce à la ténacité des personnes que je viens de citer.

On a coutume d'hésiter, à Genève, à croire dans les grands projets. Or, nous apportons aujourd'hui la preuve que ces grands projets se réalisent si la volonté politique est là.

Antoine de Saint-Exupéry a écrit «L'avenir, tu n'as pas à le prévoir, mais à le permettre».

C'est dans cet esprit que nous ferons les nouveaux quartiers de Praille─Acacias─Vernets, que nous ferons la traversée de la rade, que nous ferons le centre des arts et des neurosciences de la pointe de la Jonction.

Et c'est dans cet esprit que nous ouvrons aujourd'hui le chantier du CEVA, tous ensemble.

Vive Genève, vive la Suisse, vive la France et vive le CEVA !

 

Le texte dit fait foi.

 


 

 

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