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Principaux objectifs atteints | Revue de presse | Questionnaire sur échantillon représentatifHebdomadaires, mercredi 1er juin 2011
Allocution prononcée par M. Mark Muller, président du Conseil d'Etat à l'occasion de la Cérémonie de commémoration du 1er Juin au Port-Noir
En ce jour où nous célébrons la montée du Servette en ligue nationale A, c'est un plaisir tout particulier de vous retrouver ici à l'occasion de la cérémonie de commémoration du 1er Juin. Il y a des célébrations de victoires qui ont nécessairement un goût amer pour les vaincus. Il y a des commémorations d'événements tristes, de catastrophes ou de tragédies, qui répondent au devoir de mémoire mais revêtent, par la force des choses, un aspect solennel. Le 1er Juin à Genève, c'est bien différent. Nous fêtons, entre compatriotes genevois et confédérés, bien plus qu'une alliance entre notre canton et la Confédération: une véritable amitié.
Les historiens nous apprennent combien les Genevois espéraient, après les années d'occupation napoléonienne, après quelques mois de présence des libérateurs autrichiens dont Jullien nous dit qu'ils «avaient brillé surtout par leur appétit prodigieux», cette entrée dans la Confédération suisse, îlot d'indépendance au milieu des empires et des grandes puissances.
Certes, la nouvelle Constitution alors en cours de rédaction – à l'époque, les choses allaient vite: elle fut bouclée en l'espace de trois mois! – allait être nettement conservatrice. Certes, certains cantons s'inquiétaient de l'arrivée dans l'Alliance fédérale d'une population protestante, d'autres avaient entendu dire que les Genevois étaient indisciplinés… Un simple mythe, bien sûr…
D'un côté comme de l'autre, l'enthousiasme et la foi en l'avenir balayèrent ces angoisses et Genève, aux côtés de Neuchâtel et du Valais, prit sa place dans la Confédération dès l'année suivante.
Le 1er juin 1814, la liesse populaire et l'émotion étaient à leur comble. Une foule immense accueillait les Fribourgeois, les Soleurois et quelques Lucernois. Soit dit en passant, la Rome protestante fit ainsi un triomphe à des émissaires de cantons catholiques: le symbole est d'autant plus fort. Sur le quai, «les grenadiers se distinguent par leur superbe tenue», précisaient alors les chroniqueurs – et cela n'a pas changé. Cent nonante-sept ans plus tard, ce qui n'a pas changé non plus, c'est la profondeur de l'amitié confédérale. Au fil de ces presque deux siècles, Genève a su donner à la Suisse le meilleur d'elle-même, et la Confédération en a fait de même.
On dit que nulle part ailleurs que dans notre canton, il n'y a autant de sociétés patriotiques. Celles qui sont ici aujourd'hui, et en premier lieu la Société de la Restauration et du 1er Juin, en forment la fine fleur. Genève, porte de la Suisse sur le monde, centre diplomatique, financier et académique, ville de paix, doit sa stabilité, sa sécurité et ses infrastructures à la Confédération suisse, à son franc, à son armée, à son système politique et économique qui a fait ses preuves. Le 1er Juin est l'occasion de le souligner.
En 1814, la Constitution «helvético-compatible» fut adoptée par 2444 voix contre 334. Nos ancêtres faisaient face avec un aplomb que nous leur envions à des défis imposants. Ils prenaient des risques et opéraient des choix capitaux. Nous serions malvenus de nous plaindre, aujourd'hui, de devoir gérer notre prospérité économique, avec les problèmes de logement et de transport qu'elle entraîne, ou de nous lamenter sur la difficulté d'appliquer les accords de Schengen: à nous de nous montrer dignes de l'héritage de nos aïeux!
En ce 1er juin, les magistrats des exécutifs communaux, qui ont prêté hier serment en la cathédrale St-Pierre, prennent officiellement leurs fonctions. Je salue ici, au nom du Conseil d'Etat, leur engagement et leur dévouement à la politique au sens le plus noble du terme, celui du gouvernement de la Cité. Ce qui les distingue, ce qui nous distingue de nos prédécesseurs qui ont façonné notre canton et notre pays, ce ne sont pas seulement les avancées démocratiques, le progrès social ou les mille et une inventions qui ont changé notre quotidien. Non, la différence que je voudrais souligner, c'est que les élus et autorités d'aujourd'hui doivent faire face à un certain relativisme, à une perte de confiance et à un désintérêt pour la vie publique de nombreuses catégories de nos concitoyennes et concitoyens.
Trop souvent, la santé économique de notre pays en général et de Genève en particulier est vécue comme un dû. L'armée, la sécurité sociale, les transports, le logement, en somme tout ce qui structure notre pays, tout cela coûte trop cher aux yeux de certains de nos contemporains, qui ne se mobilisent que lorsque leur intérêt personnel leur paraît égratigné d'une manière ou d'une autre. C'est très dommage, et, si cela prend des proportions trop importantes, c'est très dangereux.
La Suisse s'est voulue une alliance de cantons eux-mêmes formés de citoyens libres, attachés à leurs droits et accomplissant leurs devoirs. Aujourd'hui, la belle devise «un pour tous, tous pour un», qui nous a si bien réussi durant des siècles, paraît à l'évidence un peu oubliée, souvent remplacée par le «chacun pour soi» qui laisse à l'Etat, à la commune, aux voisins, bref, «aux autres», le soin de régler les problèmes.
Puisse ce 1er juin rappeler à tous nos compatriotes que Genève fait partie d'un pays, d'une région, d'un continent qui exigent une participation de tous à la vie démocratique et civique, pour que chacune et chacun puisse vivre dans un monde de liberté, de prospérité, de justice et de paix!
Vive Genève, vive la Suisse!
Le texte dit fait foi.

